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  • Des sourires après des débats houleux : un point de vue du Canada avant les élections

    Des sourires après des débats houleux : un point de vue du Canada avant les élections

    Dr Alaa Al Tamimi

    18 avril 2025

    Bienvenue, comme promis, nous nous réunirons tous les vendredis pour discuter de certaines questions qui préoccupent beaucoup d’entre nous, et je serais heureux de vous suggérer tout sujet que vous souhaiteriez aborder.

    Hier, j’ai regardé le débat entre les chefs des partis politiques canadiens. C’était comme une partie d’échecs houleuse, avec des arguments mêlés de sourires et des critiques mêlées de poignées de main. Ils se disputent avec véhémence devant les caméras, puis dès que les lumières s’éteignent, ils échangent des salutations et des sourires comme si de rien n’était.

    Les élections approchent à grands pas et les Canadiens voteront dans seulement 10 jours, alors que la campagne politique bat son plein. L’économie, le logement, le changement climatique et même les relations avec les États-Unis étaient des sujets clés, mais plus important que tout cela était le sentiment que cette démocratie essayait toujours de maintenir un certain sens de sophistication, même au milieu des désaccords.

    La course électorale de cette année oppose quatre grands partis, chacun ayant une vision différente de l’avenir du Canada :

    Le Parti libéral, dirigé par Mark Carney, cherche à poursuivre les politiques de réforme libérales, en mettant l’accent sur l’équilibre entre l’économie et la justice sociale. Carney, issu du milieu bancaire international, se présente comme un leader calme qui sait gérer les crises.

    Le Parti conservateur, dirigé par Pierre Poilievre, se concentre sur l’économie, la réduction des impôts et l’arrêt de ce qu’il appelle les « dépenses libérales excessives ». Son discours s’adresse à la classe moyenne et aux propriétaires de petites entreprises, avec un ton parfois populiste.

    Le Nouveau Parti démocratique (NPD), dirigé par Jagmeet Singh, représente la gauche progressiste et réclame un élargissement des soins de santé, une augmentation des impôts sur les riches et une justice climatique et sociale.

    Le Bloc Québécois, dirigé par Yves-François Blanchet, met l’accent sur les droits des habitants du Québec et la promotion de son identité propre, sans nécessairement rechercher l’indépendance, mais en plaçant la particularité culturelle française au cœur de tout débat politique.

    Entre sérieux et diplomatie

    J’ai été frappé par le contraste entre leur langage corporel et leur discours : ils parlaient durement, mais sans haine. Ils sont clairement en désaccord, mais ils n’oublient pas de se sourire à la fin. Un spectacle rare à une époque où la politique détruit de nombreuses valeurs.

    C’est peut-être l’un des messages que le Canada envoie au monde, et un message également aux jeunes : que différence ne signifie pas hostilité, et que la politique peut être un espace de discussion, et non une arène de conflit.

    À l’approche du jour du scrutin, la question la plus importante demeure : qui gagnera la confiance du peuple ?

    Mais, et c’est peut-être le plus beau dans tout cela, les gens ici ont pleinement le droit de choisir.

    Quant à moi, venant d’un monde où l’on connaît le nom du vainqueur avant même que les bulletins de vote ne soient imprimés, j’ai regardé le débat non seulement avec curiosité, mais aussi avec un désir ardent de savoir à quoi devrait ressembler la politique lorsque les intentions sont pures et la raison respectée.

  • Planifier les villes futures de l’Irak : leçons du recensement de 2025

    Planifier les villes futures de l’Irak : leçons du recensement de 2025

    Le recensement général de la population et de l’habitat en Irak (2024-2025) a révélé des indicateurs démographiques extrêmement importants qui devraient constituer la pierre angulaire de la formulation des politiques urbaines et de développement dans les années à venir. Le problème ne se limite plus aux chiffres. Il s’agit plutôt d’une fenêtre sur les principaux défis et les opportunités potentielles qui peuvent être exploitées intelligemment grâce à une gestion et une planification appropriées.

    Premièrement : l’expansion urbaine et la pression sur les grandes villes

    Les données du recensement indiquent que 70,17 % de la population irakienne vit dans les zones urbaines, contre seulement 29,83 % dans les zones rurales. Ce déséquilibre exerce une pression énorme sur les infrastructures urbaines, notamment les transports, le logement, les réseaux d’eau et d’assainissement, ainsi que les services de santé et d’éducation. Par conséquent, redistribuer le développement et stimuler l’implantation dans les villes de petite et moyenne taille devient une nécessité stratégique, et non plus seulement une option technique.

    Deuxièmement : La structure de la population jeune et la nécessité de se préparer pour l’avenir

    Les personnes de moins de 15 ans constituent environ 36 % de la population, ce qui indique clairement que l’Irak est confronté à une vague démographique émergente qui exigera bientôt davantage d’écoles, d’universités et d’opportunités d’emploi. Investir dans les personnes, depuis l’enfance jusqu’à leur entrée sur le marché du travail, doit être une priorité nationale. Créer un environnement urbain qui encourage la créativité et la production est tout aussi important que construire des murs et des routes.

    Troisièmement : Augmenter le taux de dépendance et parvenir à un équilibre économique.

    Le taux de dépendance général s’élève à 627 personnes à charge pour 1 000 personnes économiquement actives, un chiffre qui reflète le fardeau imposé à la classe ouvrière. Ce ratio souligne la nécessité de politiques qui stimulent la croissance économique et élargissent la base d’emploi, en particulier dans les secteurs productifs et l’économie verte, afin de réduire l’écart entre ceux qui travaillent et ceux qui dépendent des autres.

    Quatrièmement : un équilibre démographique stable entre les sexes.

    Les données du recensement révèlent un équilibre relatif entre les hommes (50,22 %) et les femmes (49,78 %), ce qui permet une planification équilibrée de la répartition des ressources et des opportunités entre les sexes. Cet équilibre doit se refléter dans les politiques de logement, d’éducation, de santé, d’autonomisation économique et sociale.

    Cinquièmement : Caractéristiques d’un vieillissement démographique émergent

    Bien que le pourcentage de personnes âgées (65 ans et plus) soit encore relativement faible, soit 3,66 %, les indicateurs confirment que ce pourcentage va augmenter dans les décennies à venir. Cela nécessite une préparation préalable à des systèmes de santé spécialisés, à des logements abordables pour les personnes âgées et à une sécurité sociale efficace, garantissant la dignité humaine aux stades avancés de la vie.

    En conclusion : Vers un urbanisme basé sur la réalité

    La lecture de ces indicateurs ne doit pas être un exercice statistique abstrait, mais plutôt un véritable appel à un modèle de planification urbaine flexible, participatif et innovant, qui relie les chiffres du recensement aux politiques foncières et du logement, ainsi qu’à la réalité sociale et à la vision économique. Sans s’adapter aux changements démographiques et sans suivre leur rythme dans la structure de planification, les villes irakiennes restent piégées dans une accumulation aléatoire et des disparités de développement.

    • Il est temps pour nous de créer des villes qui respirent leur réalité et de construire leur avenir avec une planification qui dépend de

    • Développer les villes de manière durable tout en réduisant les bidonvilles.

    • Se concentrer sur les villes moyennes et petites pour réduire la pression sur les grandes villes.

    • Encourager le développement rural et améliorer les infrastructures pour réduire la migration vers les villes.

    • Développer des politiques de logement flexibles et multi-âges.

    • Relier le recensement de la population à la planification économique et environnementale pour assurer un équilibre entre l’offre et la demande de ressources.

  • Quand la ville nous rend heureux

    Quand la ville nous rend heureux

    Avez-vous déjà réfléchi à l’impact de l’apparence de votre ville sur votre état psychologique au quotidien ? Comment les trottoirs, les bâtiments et les espaces verts vous rassurent-ils ou vous angoissent-ils ? Les villes ne sont pas seulement des lieux de vie ; ce sont des environnements qui façonnent directement notre qualité de vie et notre bonheur.

    Depuis le début de l’urbanisation, les villes ont subi de profondes transformations, passant d’étroites ruelles piétonnes à de larges rues dominées par la circulation automobile. Cette transformation a modifié notre rapport à la ville et, par conséquent, notre perception du bonheur.

    La ville, source de réconfort… ou de stress

    Des recherches suggèrent que l’aménagement urbain influence profondément le bonheur et le sentiment d’appartenance de ses habitants. Lorsqu’une ville offre des espaces publics spacieux et polyvalents, tels que de larges trottoirs bordés d’arbres, des parcs ouverts et des espaces de rencontre communautaires, les habitants se sentent intégrés à un tissu de quartier propice aux interactions, et non à l’isolement.

    Les communautés qui encouragent les interactions sociales et quotidiennes grâce aux espaces publics parviennent davantage à créer un sentiment de confiance et d’appartenance collective. Ici, le bonheur ne se résume pas à un sentiment de joie passager, mais à se sentir vu, accueilli et actif au sein de sa communauté.

    Une planification intelligente améliore la vie

    Les experts en urbanisme s’accordent désormais à dire que réduire l’usage de la voiture et encourager les habitants à marcher ou à utiliser les transports en commun contribue à améliorer la qualité de vie. La marche améliore la santé physique, favorise les interactions humaines spontanées, stimule l’économie locale et réduit la pollution.

    Si nous accordons de l’importance à l’intimité, des relations humaines solides restent le facteur déterminant de la qualité de vie. Les villes qui encouragent les rencontres, les regards croisés et les sourires spontanés produisent des citoyens plus heureux et plus en sécurité.

    Les Émirats arabes unis : un modèle de bonheur urbain

    Selon le Rapport mondial sur le bonheur 2025, les Émirats arabes unis se classent au 21e rang mondial en termes d’indicateurs de bonheur parmi les pays arabes.

    Ce résultat est dû à un ensemble de politiques et de pratiques intelligentes, notamment :

    Des investissements importants dans des infrastructures et des équipements publics durables ;

    L’existence d’un système complet de soutien social dans les domaines de la santé, de l’éducation et du logement ;

    Des indicateurs élevés de liberté individuelle et d’opportunités économiques.

    Sensibilisation accrue des gouvernements à l’importance de la qualité de vie urbaine.

    Cela a permis aux Émirats arabes unis de présenter un modèle de ville arabe moderne qui place l’humain au cœur de sa planification et fait du bonheur un objectif national clair.

    Que dit le Rapport mondial sur le bonheur ?

    Le Rapport mondial sur le bonheur, publié chaque année par le Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies depuis 2012, mesure le bonheur dans plus de 140 pays selon divers critères, notamment :

    PIB par habitant

    Soutien social

    Espérance de vie en bonne santé

    Liberté individuelle

    Générosité et solidarité communautaire

    Niveaux de confiance et de corruption

    L’une des questions les plus révélatrices du rapport est :

    « Si vous perdiez votre portefeuille, pensez-vous que vous le récupéreriez si votre voisin, un inconnu ou la police le retrouvait ?» Cette question mesure la confiance sociétale, une composante essentielle du bonheur et de la sécurité.

    Quand la ville devient un projet partagé

    Le bonheur urbain ne se construit pas uniquement par l’aménagement, mais plutôt par le sentiment d’être des partenaires de la ville, et non plus seulement des résidents. Une ville dynamique permet de se promener en toute sécurité, de s’asseoir dans un parc sans stress, de rencontrer des gens qui vous sourient sans raison et de discuter avec ses voisins sans crainte.

    En fin de compte, la ville n’est pas un lieu où l’on vit, mais une entité que nous créons ensemble.

    Créons des villes à l’image de nos rêves.

    Les villes reflètent nos choix, notre mode de vie et nos valeurs. En repensant leur aménagement dans une perspective durable et humaine, nous ne recherchons pas une ville parfaite, mais plutôt une ville bienveillante, respectueuse et respectueuse de la dignité humaine.

    💬 Invitation au dialogue :

    Votre ville influence-t-elle votre humeur et votre bonheur ?

    Qu’aimez-vous ou qu’est-ce qui vous manque dans votre environnement urbain ?

    Selon vous, comment pouvons-nous rendre nos villes plus humaines ?

    📬 Partagez votre avis dans les commentaires.

  • De l’autorité urbaine à la pensée urbaine

    De l’autorité urbaine à la pensée urbaine

    Au plus profond de l’histoire, lorsque l’homme dessina le premier cercle de pierres pour délimiter son abri et éleva des murs de terre pour se protéger du vent, l’urbanisme naquit non seulement comme un acte d’ingénierie, mais comme une traduction silencieuse de ses pensées, de ses peurs, de son autorité et de sa conception de lui-même et du monde.

    Lorsque l’homme posa la première pierre, il ne construisit pas seulement un toit ; il déclara sa présence face à l’espace infini. Même les tentes bédouines, malgré leur mobilité, établissaient des « frontières mobiles » d’identité, comme pour dire : « Je suis là, même si je pars demain.»

    La ville n’est pas une succession de bâtiments ou de rues qui se croisent ; c’est le reflet vivant d’un processus de pensée. Dans chaque pierre, chaque fenêtre, chaque espace vide, chaque place, nous trouvons la trace d’un esprit qui a choisi d’organiser l’espace selon sa vision : religieuse, politique, économique ou esthétique. D’Athènes, sculptée à l’ombre de la philosophie, à Bagdad, née avec une architecture circulaire sous l’égide du savoir et du califat, en passant par le Paris d’Haussmann et le Brasilia de Lucio Costa, la ville apparaît comme un livre ouvert, dans lequel nous lisons la nature des nations et suivons les transformations de la pensée collective, du sacré au rationnel, de l’individuel au public.

    Dans la section « Chemins de pensée et d’urbanisme », nous ne lirons pas seulement des cartes, mais aussi ce qui se trouve au-delà ; nous ne suivrons pas les lignes d’asphalte, mais nous parcourrons les chemins de pensée qui les ont tracés.

    Nous aborderons plusieurs sujets dans cette section :

    • Quel est le rapport entre l’idée architecturale et la structure de la conscience ?

    • Comment les villes sont-elles construites sous la tyrannie ? Et comment sont-elles détruites sous le couvert de grands slogans ?

    • Est-il possible qu’une ville existe si elle n’est soumise qu’à la mesure de « l’humanité » et de sa dignité ? Ceci est une invitation à contempler les voies de l’urbanisme, non pas comme des bâtiments, mais comme un miroir de la raison ; et à déconstruire les voies de la pensée, non pas comme des affirmations, mais comme des forces qui ont façonné nos villes… et peut-être nous y ont emprisonnés.

    En conclusion : l’urbanisme est la première patrie de l’humanité, avant la naissance de la patrie politique. Chaque pierre posée est une réponse à la question existentielle : comment me situer dans un monde qui ne me veut que passager ? C’est peut-être pour cela qu’il a été dit : « L’homme n’habite pas, mais apprend à habiter » – signifiant ainsi que l’architecture est un acte philosophique avant d’être une œuvre d’ingénierie.

  • « Un esprit fermé ne construit pas une nation : un appel à l’ouverture pour un nouvel Irak »

    « Un esprit fermé ne construit pas une nation : un appel à l’ouverture pour un nouvel Irak »

    Chers amis,

    Nous sommes les enfants d’un pays diversifié, riche de cultures, de composantes, de religions et de dialectes. Malheureusement, cette richesse est souvent devenue une source de division plutôt qu’une source de force, au fil de notre histoire, qu’elle soit lointaine ou récente.Nous sommes en désaccord, puis nous nous disputons ; nous dialoguons, puis nous nous attaquons ; et nous rejetons les autres simplement parce qu’ils sont « différents ».

    Dans ces circonstances, alors que l’Irak traverse actuellement une période de calme — qui se prolongera inévitablement grâce à la sagesse des sages — il est utile de relire ce que disait le regretté penseur irakien Ali al-Wardi dans son livre La Farce de l’esprit humain :

    « Celui qui ne quitte jamais son environnement de naissance, qui ne lit que des livres qui renforcent ses croyances héritées, et qui se concentre uniquement sur la culture de sa patrie, ne peut être neutre dans son jugement. On attend plutôt de lui qu’il soit imprégné d’un nationalisme farouche et d’une fermeté intellectuelle. »

    Ces mots ne remettent pas en cause notre attachement à nos convictions, mais dénoncent la stagnation, l’enfermement et la vie dans une « bulle intellectuelle » d’où nous ne voyons rien d’autre.

    Notre diversité n’est pas une malédiction, mais une opportunité. Des Kurdes et des Turkmènes aux Arabes, des chiites aux sunnites, des chrétiens aux Yézidis et aux Mandéens, l’Irak est une entité multiforme.La coexistence ne peut réussir que si nous apprenons à voir le monde différemment.

    L’isolement engendre l’intolérance. Lorsque nous ne lisons que ce qui conforte nos idées, que nous ne nous lions d’amitié qu’avec ceux qui nous ressemblent, et que nous rejetons ceux qui ne sont pas d’accord, nous devenons des « murs solides », nous fermant à la lumière.Notre pays, l’Irak, a payé un lourd tribut à cette intolérance par le passé.

    La jeunesse irakienne est la véritable cheville ouvrière du changement. La génération post-2003 n’a pas créé le passé, mais elle détient les clés de l’avenir.Et cette clé réside dans l’ouverture à l’autre, non pas comme une menace, mais comme une opportunité de compréhension, et peut-être, de correction.

    Comment remodeler notre conscience ?Apprendre et lire sur ceux qui pensent différemment de nous est essentiel : ne nous contentons pas d’accepter ce qui conforte nos convictions ; lisons aussi ce qui les contredit.Engageons un dialogue respectueux, ne ridiculisons pas ceux qui diffèrent, et acceptons que la vérité n’est pas absolue.Nous sommes tous en quête permanente de découverte.Nous devons croire qu’un nouvel Irak commence par l’esprit des jeunes.Nous ne pouvons pas construire un nouvel Irak avec des esprits dépassés, et nous ne pourrons instaurer la paix intérieure sans apprendre à respecter les opinions d’autrui.

    L’ouverture n’est pas une faiblesse, mais une force.Douter de notre héritage n’est pas un blasphème, mais le début d’une prise de conscience.

    Sortons de nos barrières intellectuelles, et construisons une patrie qui n’exclut personne.

    Enfin, libérons-nous de la rigidité de nos jugements, et permettons à nos esprits et à nos cœurs de voir les autres avec un regard neuf, animé par le souci de l’unité de l’Irak et de son peuple.

  • Carte babylonienne du monde

    Carte babylonienne du monde

    Le British Museum de Londres abrite une vaste collection d’objets exceptionnels issus de la civilisation mésopotamienne (la Mésopotamie), l’une des plus anciennes civilisations de l’histoire humaine.

    Parmi les pièces les plus remarquables figurent :

    • Le cylindre cunéiforme, considéré comme l’un des premiers textes juridiques au monde ;

    • Les taureaux ailés (lamassu), qui gardaient autrefois les entrées des palais et temples assyriens à Nimrud et Assur ;

    • Les fragments muraux de la porte d’Ishtar, ornés de symboles divins et d’animaux mythologiques.

    La collection comprend également des tablettes cunéiformes portant des textes variés, tels que des correspondances, des contrats, des hymnes religieux et des œuvres littéraires, dont la célèbre Épopée de Gilgamesh. Parmi les pièces notables figurent également une statue du roi assyrien Assurbanipal II, ainsi que des objets illustrant la vie quotidienne en Mésopotamie, des statues et instruments utilisés dans les rituels religieux, sans oublier la sculpture de la lionne blessée, que j’ai évoquée dans un article précédent.

    Dans cet article, je souhaite mettre en lumière l’une des pièces les plus fascinantes du musée : la Carte du monde babylonienne, connue sous le nom de « Imago Mundi », datant du VIe siècle avant notre ère.Cette carte fut découverte en 1889 par une mission britannique dans la ville de Sippar, en Babylonie.

    Elle est gravée sur une petite tablette d’argile et représente le monde tel que les Babyloniens l’imaginaient. Babylone y occupe le centre, reflétant leur conviction qu’elle était le point central de l’univers. Autour de Babylone figurent des villes comme Suse et Ur, ainsi que des éléments géographiques (marais, montagnes) représentés sous forme de cercles ou de rectangles.

    On y voit également le fleuve Euphrate, tandis que l’ensemble est encerclé par « le grand océan », une bande circulaire figurant une mer cosmique.

    Au-delà de cet océan, la carte montre des régions mystérieuses appelées « la zone extérieure », que l’on pense être des terres légendaires. Les inscriptions cunéiformes sur la tablette décrivent ces lieux et les relient à des mythes et rituels religieux.

    Cette carte est une preuve du haut niveau de développement géographique des Babyloniens et de leur désir de comprendre le monde. Elle témoigne d’un mélange subtil entre réalité et mythe, illustrant leur perception profonde de leur environnement.

    Cette œuvre unique remonte à l’époque du roi Nabuchodonosor II, lorsque Babylone était le cœur d’un empire florissant s’étendant du golfe Persique à la mer Méditerranée, soulignant ainsi sa centralité dans la vision babylonienne du monde.

  • La lionne blessée

    La lionne blessée

    Je veille toujours, lors de mes voyages à l’étranger, à visiter les musées nationaux. Parmi les musées internationaux les plus importants qui abritent de nombreuses pièces archéologiques irakiennes, le British Museum de Londres et le musée du Louvre à Paris occupent une place de choix. Tous deux ont consacré des salles entières aux vestiges du Moyen-Orient à travers les âges, jusqu’à l’époque moderne.

    Lors de ma dernière visite à Londres, j’ai tenu à voir l’une des œuvres les plus marquantes du British Museum : la sculpture de la lionne blessée, qui fait partie d’un ensemble de bas-reliefs ornant une immense fresque de 40,6 mètres de long sur 1,6 mètre de haut, datant de l’époque néo-assyrienne (668–631 av. J.-C.), dans la salle du trône du palais du roi Assurbanipal à Ninive.

    Cette fresque est une véritable prouesse architecturale qui incarne la puissance et la majesté royales. Le palais d’Assurbanipal est considéré comme l’un des plus grands accomplissements de l’architecture assyrienne à Ninive. Ses murs sont couverts de plaques de pierre gravées avec une précision saisissante, représentant le roi au centre des scènes, dirigeant son peuple et ses armées. Ces reliefs sont parmi les chefs-d’œuvre les plus impressionnants de l’art assyrien : un subtil mélange de virtuosité technique, de symbolisme politique et religieux. Ils servaient à exprimer visuellement l’autorité divine et militaire du souverain.

    L’artiste assyrien y a représenté des scènes de culte, de guerre, de chasse et d’affrontements entre rois et animaux sauvages, notamment le lion, symbole ancestral de la destruction, de la force et de la protection. L’un des rituels majeurs auxquels les rois assyriens devaient se soumettre était la chasse aux lions, qui s’achevait par la victoire du roi, perçue comme la manifestation de son pouvoir divin.

    Même si les animaux représentés sont des lions blessés ou mourants, leur présence confère une beauté tragique à la composition. La variété des postures, la fluidité des mouvements et la finesse des détails, comme les gouttes de sang jaillissant des gueules frappées par les flèches empoisonnées du roi, renforcent l’impact visuel et émotionnel de l’ensemble.

    Parmi ces scènes, la sculpture de la lionne blessée se distingue comme la seule représentation féminine de ce combat. Cette œuvre est considérée comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art antique, découverte dans les reliefs ornant les murs du palais d’Assurbanipal, y compris dans la salle du trône de Ninive.

    Cette scène bouleversante témoigne du génie des sculpteurs assyriens. On y voit la lionne à l’agonie, transpercée de flèches pendant une chasse royale. Son corps tendu révèle des muscles contractés, des griffes crispées s’accrochant au sol, une queue recroquevillée sous la douleur, et des traînées de sang s’échappant des plaies. Malgré ses blessures mortelles, la lionne tente encore de se relever : une illustration poignante de la volonté de survivre, même dans l’ultime faiblesse. Ses yeux expriment la souffrance, le chagrin, voire la défiance — un exploit artistique remarquable pour une sculpture vieille de plus de 2 600 ans.

    La lionne incarne la dignité dans la douleur, frappée par les flèches d’un chasseur expert. Ses yeux empreints de tristesse, son corps mutilé, et son dernier effort pour se tenir debout, racontent une histoire de résistance acharnée, soulignant que les blessures peuvent freiner le mouvement, mais non la volonté de lutter.

    Taillée dans le calcaire, cette sculpture révèle la maîtrise absolue des artistes assyriens dans le traitement des moindres détails : les crocs, les muscles tendus, les coulées de sang, tout concourt à une réalisme saisissant. Aujourd’hui, cette sculpture figure parmi les œuvres les plus célèbres de l’art assyrien exposées au British Museum, captivant les visiteurs par sa force émotionnelle et sa beauté brutale.

    Découverte lors des fouilles archéologiques du XIXe siècle à Ninive, la lionne blessée fut transportée au British Museum, où elle demeure l’une des pièces maîtresses de la collection, admirée tant par le grand public que par les chercheurs, pour sa puissance esthétique et sa valeur historique incomparable.

  • Enheduanna fut le premier poète et écrivain connu de l’histoire

    Enheduanna fut le premier poète et écrivain connu de l’histoire

    Enheduanna est une figure historique majeure, considérée comme la première poétesse et écrivaine connue de l’histoire. Ses écrits portent une profonde dimension religieuse et personnelle. Elle a vécu durant le règne du roi Sargon d’Akkad (environ 2334–2279 av. J.-C.), fondateur de l’Empire akkadien en Mésopotamie.

    En 1927, une équipe de fouilles de la mission conjointe du British Museum et de l’Université de Pennsylvanie a découvert les ruines de la nécropole royale dans la ville d’Ur, qui renfermait de nombreux tombeaux royaux ainsi que des trésors précieux datant du milieu du troisième millénaire avant notre ère.

    Lors de ces fouilles, plus de cinq mille tablettes littéraires mésopotamiennes ont été mises au jour. Parmi ces découvertes figurait un petit disque circulaire en albâtre, représentant la grande prêtresse Enheduanna, fille du roi Sargon. Elle y est représentée vêtue d’une longue robe et d’un voile couvrant sa tête, ses tresses tombant sur ses épaules. Le disque la montre tenant un sceptre, présidant un rituel religieux devant l’autel d’un dieu, offrant prières et cérémonies sacrées.

    L’historienne de l’art Irene J. Winter de l’Université Harvard a décrit ce disque comme étant sculpté dans un albâtre semi-transparent, mesurant environ 25,6 cm de diamètre et 7,1 cm d’épaisseur.

    Le disque montre la princesse Enheduanna s’avançant vers l’autel pour offrir des sacrifices.

    Le texte inscrit sur le disque mentionne son nom sous la forme suivante :

    « Enheduanna, épouse du dieu Nanna, fille de Sargon, roi du monde ; dans le temple de la déesse Inanna, elle a fait graver ce sceau comme offrande au dieu Anu. »

    Avec le disque, d’autres objets portant le nom de la prêtresse ont également été découverts, notamment des sceaux et des tablettes d’argile. Ce disque est actuellement conservé au Musée d’archéologie de l’Université de Pennsylvanie aux États-Unis.

    Parmi les tablettes retrouvées figurait une tablette contenant des lignes préservées d’un long poème dans lequel elle déclare :

    « Je suis Enheduanna… j’ai pris ma place dans la demeure du sanctuaire. J’étais la grande prêtresse. »

    Ces mots sont considérés comme l’un des premiers exemples connus d’écriture autobiographique.

    Avant cette découverte, le nom d’Enheduanna était totalement inconnu. Mais la mise au jour de ce disque et des tablettes a considérablement enrichi notre connaissance de l’histoire ancienne de l’Irak.

    Dans la littérature mondiale, Enheduanna est reconnue comme la première auteure connue de l’histoire. Elle est l’auteure du plus ancien texte poétique écrit, et la première femme à avoir signé ses œuvres à une époque où les écrits littéraires étaient presque toujours anonymes.

    Le chercheur William Wolfgang Hallo, spécialiste de la littérature assyrienne à l’Université de Yale, la décrivait comme le « Shakespeare de la littérature sumérienne ». Elle a précédé l’Épopée de Gilgamesh de 800 ans, le poète grec Homère, auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, de 11 siècles, et la poétesse grecque Sappho d’environ 1700 ans.

    Enheduanna a su allier son statut de princesse, son rôle de grande prêtresse, et son génie poétique, faisant d’elle une figure exceptionnelle de l’histoire de l’Irak ancien. Ses écrits ont inspiré de nombreux chercheurs et auteurs à travers le monde, et ont été traduits en anglais et en allemand.

    La professeure Roberta Binkley, spécialiste de littérature anglaise à l’Université du Tennessee, l’a qualifiée de voix forte et affirmée, que les femmes ont besoin d’entendre.

    En son honneur, l’Union astronomique internationale a nommé en 2015 un cratère sur la planète Mercure « Enheduanna », parmi une sélection de 3500 noms proposés — un hommage à son apport littéraire et intellectuel.

  • Une route difficile et une belle vie

    Une route difficile et une belle vie

    Une route difficile et une vie bien remplie

    Dr Alaa Al-Tamimi – 15 mars 2025

    Dans la vie de chaque personne, il existe des moments décisifs qui ébranlent les équilibres et redessinent les chemins. Comme beaucoup, je n’ai pas suivi une trajectoire tracée avec clarté ni pavée de sécurité. Mon parcours a été une succession de défis, difficiles à résumer ou à raconter en quelques mots. Des jours épuisants, oscillant entre épreuves de conscience et caprices du destin. J’ai emprunté des routes que je n’avais pas toujours choisies, mais je les ai affrontées avec une volonté inébranlable et un esprit passionné par le savoir, même dans les moments les plus sombres.

    Chaque tournant m’a enseigné une leçon, et chaque ville traversée a reflété une partie de moi. L’éloignement ne se limitait pas aux lieux — parfois, il s’étendait au temps, aux gens, et même à moi-même.

    Et pourtant, une petite lumière est restée vivante en moi… sans jamais s’éteindre.

    Je suis né à Bagdad en 1952, dans une ville vibrante de vie, d’histoire et d’espoir. Une ville qui ne s’endormait qu’au murmure du fleuve et s’éveillait au grondement de l’ambition. C’est là, en son cœur, que ma conscience s’est éveillée, et que mes yeux se sont ouverts sur un monde où la connaissance était considérée comme le premier pas vers la dignité.

    J’ai étudié l’ingénierie à l’Université de Bagdad, où j’ai également obtenu un master. À cette époque, la foi en la science ressemblait à une croyance religieuse — récitée chaque matin lumineux, acquise par le travail acharné et la patience.

    Je ne possédais rien d’autre qu’une passion insatiable pour l’urbanisme, et un rêve : que les villes possèdent une âme digne de leurs habitants.

    Au début des années 1980, mes pas m’ont conduit en France, où j’ai obtenu un doctorat en ingénierie structurelle à la prestigieuse Université de la Sorbonne, parmi les pierres anciennes de Paris et ses temples du savoir. Les années d’exil n’ont pas été faciles, mais elles ont creusé en moi une profondeur nouvelle, et élargi ma vision de ce que la science pouvait accomplir lorsqu’elle s’allie à la volonté.

    À mon retour au pays, j’ai enseigné dans plusieurs universités irakiennes avant de rejoindre l’Autorité irakienne de l’énergie atomique, où j’ai travaillé de 1987 à 1992, pendant l’une des périodes les plus sensibles de l’histoire contemporaine de l’Irak. Ce n’était pas simplement un travail, mais une arène silencieuse où ambition scientifique et peurs politiques s’affrontaient, entre le possible et l’impossible.

    Dans les couloirs des laboratoires et les salles de réunions fermées, j’ai vécu de près la fragilité de l’équilibre entre le savoir et le pouvoir, entre le scientifique et le décideur. Ce furent des années éprouvantes, mais elles m’ont forgé et appris que le savoir seul ne suffit pas, s’il n’est pas accompagné d’une conscience de sa place sur la carte du réel.

    Et pourtant, l’Irak — ce pays que j’ai profondément aimé — n’a pas toujours été un refuge pour ses enfants, surtout lorsque les tempêtes se sont intensifiées et que ses institutions se sont effondrées sous le poids du blocus, du recul et de la trahison.

    Au milieu des années 1990, je me suis retrouvé face à une décision difficile : partir.

    Je suis parti, le cœur brûlant de nostalgie, avec dans ma valise quelques livres, des diplômes arrachés à l’effort, et des rêves à la recherche d’une terre où s’épanouir. Je n’ai pas fui mon pays, mais je suis parti en quête de liberté — d’un espace modeste où exercer mon métier sans peur, tout en préservant ma dignité d’homme et de scientifique.