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  • Musée Kura Hulanda : reprendre une mémoire volée depuis les marges

    Au cœur de Willemstad, capitale de Curaçao, parmi ses façades colorées à l’allure caribéenne et européenne, se trouve le musée Kura Hulanda.

    Ce lieu n’accueille pas le visiteur par l’esthétique seule, mais par l’interrogation. Il ne s’agit pas d’un espace de contemplation, mais d’une confrontation calme avec une longue histoire de mémoire volée.

    Le musée ne raconte pas seulement l’histoire d’une île. Il plonge le visiteur dans un système mondial de violence historique :

    l’Afrique, l’Europe, les Caraïbes et les Amériques y apparaissent non comme des territoires, mais comme des trajectoires croisées de pillage, de redéfinition et de confiscation du récit.

    La falsification moderne de l’histoire : quand l’origine est réécrite

    L’une des premières salles présente un panneau intitulé Modern Falsifications of History.

    Ce n’est pas un simple support pédagogique, mais un acte d’accusation intellectuel contre des siècles de distorsion académique.

    À travers citations et références, l’exposition affirme que le berceau de la civilisation humaine se situe en Afrique, et que la dissociation de l’Égypte ancienne de son environnement africain relevait moins de la science que d’une idéologie raciale destinée à justifier la domination coloniale.

    Ici, l’histoire n’est pas présentée telle qu’elle fut vécue, mais telle qu’elle fut confisquée, remodelée et imposée.

    Les royaumes africains : une histoire volée, non effacée

    Une longue chronologie intitulée African Kingdoms retrace les empires du Ghana, du Mali et du Songhaï, ainsi que les réseaux commerciaux transsahariens et des systèmes avancés de gouvernance et de savoir.

    Le message est clair :

    l’Afrique n’a jamais été un vide historique, mais un centre actif du monde ancien, avant que ses routes ne soient brisées, ses ressources pillées et ses peuples déplacés.

    Que ces récits soient exposés dans les Caraïbes n’est pas anodin. Nombre de descendants de ces royaumes y ont été conduits, séparés de leur terre et de leur mémoire.

    La traversée du milieu : quand la mer devint un instrument de déshumanisation

    La section la plus éprouvante est consacrée à la Middle Passage, la traversée transatlantique.

    Un mur chronologique silencieux retrace l’esclavage depuis le XVe siècle jusqu’à son abolition tardive.

    Le temps n’y est pas compté en années, mais en absences.

    Chaque date renvoie à des milliers de vies perdues et à des histoires jamais racontées.

    Il ne s’agit pas seulement d’une mémoire blessée, mais d’une mémoire volée :

    les corps furent arrachés, les récits effacés, puis l’histoire réécrite sans les victimes.

    Islam et commerce : une histoire complexe

    Avec justesse, le musée évoque la diffusion de l’islam et les échanges transsahariens, mettant en lumière des figures comme Mansa Moussa, rappelant que l’Afrique fut aussi une force créatrice du monde.

    Les cartes des routes commerciales déconstruisent le mythe d’une Afrique isolée et la replacent dans un réseau mondial ancien.

    De l’Afrique à Bagdad : une mémoire partagée

    En parcourant le musée, l’Afrique n’était pas seule dans mon esprit. Bagdad l’accompagnait.

    Les mécanismes du dépouillement sont semblables :

    par les chaînes,

    par les cartes,

    par les programmes scolaires,

    par le silence.

    Comme la mémoire africaine, celle de nombreuses villes arabes fut réécrite de l’extérieur.

    Conclusion

    Le musée Kura Hulanda n’est pas un lieu de deuil, mais de restitution.

    Il rappelle que la mémoire ne disparaît pas lorsqu’elle est volée — elle attend d’être reprise.

    L’histoire ne se récupère pas par la plainte,

    mais par le droit de la raconter.

  • La lecture… élévation de l’esprit et de l’âme

    💭 Pensée du Vendredi

    Dr. Alaa Al-Tamimi

    La lecture n’est pas un luxe, ni un simple passe-temps pour ceux qui ont du temps à perdre.

    C’est un ordre venu du ciel — le premier mot de la Révélation fut : Lis.

    Depuis cette origine divine, lire est devenu un acte de lumière, un chemin par lequel l’humanité s’élève au-dessus de l’instinct et de l’ignorance.

    Ne dis pas : Je n’aime pas lire.

    Le problème n’est pas la lecture elle-même, mais que tu n’as pas encore découvert ton domaine de passion.

    Cherche-le, et tu verras qu’à chaque page lue, un nouvel horizon s’ouvre en toi et t’élève doucement vers la conscience.

    La lecture fait la différence :

    on la devine dans la manière d’écrire une phrase,

    dans le ton de la voix, dans la façon de poser une question,

    dans le moment choisi pour envoyer un message,

    même dans la manière de s’excuser ou de s’émerveiller.

    Elle façonne le caractère comme le feu purifie l’or.

    Les premiers musulmans l’avaient compris.

    Al-Jâhiz, grand écrivain de Bassorah, louait la nuit l’échoppe des copistes pour y lire jusqu’à l’aube —

    comme si le savoir était pour lui une prière qui ne supporte pas le retard.

    Mais toute lecture n’est pas source d’élévation.

    De même que la nourriture peut nourrir ou empoisonner,

    les livres peuvent éclairer ou égarer.

    Lire sans discernement, c’est risquer d’avaler le mensonge enveloppé d’éloquence.

    Certains écrits ne cherchent pas à transmettre la vérité, mais à orienter les esprits pour des desseins cachés.

    Lis donc avec conscience, non avec naïveté :

    car la lecture sans esprit critique peut être plus dangereuse que l’ignorance —

    elle sème l’illusion sous l’apparence du savoir.

    Comme l’a écrit Umberto Eco :

    « Celui qui ne lit pas ne vit qu’une seule vie, même s’il atteint soixante-dix ans ;

    celui qui lit en vit cinq mille. »

    Mais ces cinq mille vies ne portent fruit que si la lecture est guidée par la raison et la lucidité.

    On demanda un jour à Aristote :

    « Comment jugez-vous un homme ? »

    Il répondit : « Je lui demande combien de livres il lit — et lesquels. »

    Ainsi, la lecture n’est pas seulement un loisir :

    c’est une responsabilité,

    un acte quotidien qui éveille l’esprit et élève l’âme.

  • « Intellectuels du copier-coller » : quand la culture se réduit au copier-coller

    « Intellectuels du copier-coller » : quand la culture se réduit au copier-coller

    Dans un monde où la vitesse a pris le pas sur la contemplation, et la quantité sur la qualité, il est devenu facile pour quelqu’un de revendiquer la culture d’un simple clic, ou d’être présenté comme un penseur avec une simple citation en passant. Aujourd’hui, j’aborde deux phénomènes répandus dans le paysage intellectuel arabe contemporain : l’intellectuel qui se contente de répéter les idées des autres sans les examiner ni prendre position, et l’intellectuel clickbait qui transforme une interaction superficielle en une prétention à la conscience.

    Cet article est une invitation à faire une pause, à réfléchir et à poser une question simple et profonde :

    À une époque où l’intellectuel était considéré comme la conscience de la nation, sa conscience critique et son soutien intellectuel, un autre modèle déformé et hybride est apparu, similaire en apparence mais différent dans son essence : l’intellectuel du transfert, suivi, avec l’émergence de la technologie et des médias numériques, par l’intellectuel du clicker.

    Un transmetteur cultivé est quelqu’un qui mémorise des textes, récite des dictons et se vante des dictons et des idées qu’il a recueillis auprès des autres sans faire aucun effort pour les comprendre ou les critiquer. Il lit pour citer, non pour analyser, et il transmet pour impressionner, non pour déconstruire. Il présente les textes tels qu’ils sont, ce qui peut induire en erreur l’auditeur ou le lecteur, se persuadant qu’il fait partie de « l’élite » simplement parce qu’il a lu, entendu ou participé à une séance culturelle.

    Puis vint l’ère du clic, où le simple fait de cliquer sur un bouton, de copier un lien ou de publier une citation fantaisiste sur les réseaux sociaux suffisait à donner à certaines personnes un faux sentiment de connaissance. Ce qui nécessitait autrefois du temps de réflexion et d’analyse se réduit désormais à un simple clic, sans contexte, sans profondeur et sans responsabilité intellectuelle.

    Le problème ne réside pas dans la transmission elle-même, car la connaissance et l’accumulation de connaissances se construisent sur la transmission et la compréhension, mais plutôt dans la mentalité qui ne fait pas de différence entre transmission et imitation, et entre écoute et réflexion. Chez un intellectuel qui reproduit les idées des autres, non pas pour s’appuyer sur elles ou pour être en désaccord avec elles, mais pour confirmer ce qui a été dit, tel qu’il a été dit, sans effort, sans questionnement ni prise de position.

    Nous vivons aujourd’hui à une époque où les voix se mêlent au bruit, où l’abondance des publications dépasse la profondeur de la pensée et où l’arène culturelle est encombrée de gens qui « prétendent savoir sans le posséder réellement ». Tous ceux qui lisent un texte ne prennent pas conscience de son contenu, et tous ceux qui cliquent sur un lien ne deviennent pas partie prenante de sa signification.

    La culture n’est pas un luxe, c’est une forme de résistance. Il résiste à la superficialité, à la prétention et à l’imitation aveugle. Cette résistance commence par un moment de courage où une personne cesse de se répéter et se demande : Est-ce que je crois en ce que je transmets ? Est-ce que ce que je partage me reflète vraiment ?

    En conclusion, un véritable intellectuel est celui qui éclaire les recoins obscurs, même avec un seul mot, et non celui qui comble les vides.

    Évitez d’être juste un émetteur… ou un celui qui clique.

    Soyez une voix, pas un écho

  • Quand les villes étaient tissées de fils d’or : le Conseil de reconstruction irakien et les leçons oubliées de

    Quand les villes étaient tissées de fils d’or : le Conseil de reconstruction irakien et les leçons oubliées de

    À une époque où l’Irak tissait ses rêves avec des fils d’or, plus précisément au début des années 1950, une volonté nationale unique émergea pour concrétiser ces visions. Il ne s’agissait pas de simples projets éphémères, mais d’un projet civilisationnel né d’une planification rationnelle et d’une vision à long terme. Ce projet, appelé « Conseil de reconstruction », était une institution exceptionnelle, alliant indépendance et pouvoirs étendus. Ses caisses étaient alimentées par les revenus pétroliers, alimentant une renaissance globale qui touchait les infrastructures, l’éducation, l’industrie et même la vie quotidienne des Irakiens.

    Cette vision ne fut pas uniquement façonnée par les esprits locaux ; des mains se tendirent par-delà les océans. En février 1951, un comité d’experts de la Banque mondiale arriva, telle une équipe explorant un monde inconnu, apportant avec lui des outils pour l’économie, l’agriculture et l’éducation. Quatre mois d’exploration approfondie du territoire entre les deux fleuves aboutirent à un rapport détaillé, telle une carte aux trésors, appelant à la création d’une structure de développement parallèle, gérée à l’écart des méandres de la politique et supervisée par des personnes rationnelles, et non par des étrangers.

    Les objectifs du conseil étaient principalement de faire progresser le paysage urbain, économique et industriel de l’Irak et d’améliorer le niveau de vie de la population grâce aux emplois et aux opportunités d’emploi créés par les projets achevés. Il a également élaboré un plan de mise en œuvre pour divers projets, tout en soumettant un rapport annuel sur la reconstruction et des propositions de nouveaux projets. Ce conseil a mené à bien d’importants projets de développement et de services, dont une grande partie subsiste encore en Irak, tels que : le projet de barrage et de lac de Tharthar, le barrage de Ramadi et le lac Habbaniyah, les barrages de Dokan et de Darbandikhan ; des ponts à Bagdad, Mossoul et dans plusieurs villes irakiennes ; des usines de ciment, de sucre, de textile, de pétrole et de gaz ; des centrales électriques ; la construction de routes et de voies ferrées ; et des projets de logements. Ces projets ont été répartis dans presque tous les gouvernorats irakiens. Malheureusement, les activités et les fonctions du Conseil ont décliné après 1958. Étant donné que de nombreux projets achevés avant la Révolution du 14 juillet avaient été planifiés par le Conseil de reconstruction, dont nous parlerons plus loin,

    En 1954, le Conseil de reconstruction a décidé de planifier non pas en fonction de la pierre, mais en fonction de l’homme. Il a fait appel à Constantin Doxiadis, l’ingénieur grec qui a reconstruit les villes ravagées par la Seconde Guerre mondiale, adoptant sa philosophie de l’« extase » – l’art de fusionner l’homme et l’espace dans une harmonie magique. Doxiadis ne s’est pas contenté d’étudier. Des cartes depuis ses bureaux ; il a parcouru l’Irak du nord au sud, comme à la recherche d’un secret ancestral. Il a étudié le langage du vent, les récits de la terre, les danses des ombres sous le soleil d’été et les murmures des femmes des ruelles de Bagdad et de Mossoul, qui transformaient les ruelles en salons de rencontres quotidiennes.

    Ici, l’habitat n’était pas seulement des murs en construction, mais une mémoire en construction. Il a conçu des « parcs de discussion » – des espaces derrière les maisons débordant de vie : des bancs racontant les histoires d’hier, des fontaines chantant pour les enfants de demain et des petits jardins apprenant à la nature à être un partenaire de vie. Le plan du Conseil de Reconstruction était de construire 400 000 logements, chacun offrant la fraîcheur de l’été sans climatisation et la chaleur de l’hiver sans chauffage, telle une symphonie architecturale conçue pour durer.

    Mais les destins politiques, qui ignorent le rythme des symphonies, ont brusquement rompu le fil conducteur. Après le coup d’État de 1958, la Reconstruction Le dossier du Conseil a été clos comme un chapitre d’un roman sans fin. Ce rêve mûrement réfléchi s’est transformé en une distribution aléatoire de petites parcelles de terre, dénuées d’esprit et de planification, telles des pièces sur un corps déchiré. Les « parcs de discussion » ont cédé sous les slogans révolutionnaires, et la sagesse des experts s’est perdue derrière le vacarme des chants.

    L’histoire se répète, mais de manières différentes. Ce qui s’est passé à Bagdad s’est répété à Moscou et à Washington ; là où les sages étaient absents, les mers se sont asséchées et les cités se sont effondrées, devenant des cauchemars. La tragédie de Bret-Igoe en Amérique et l’assèchement de la mer d’Aral en Asie centrale témoignent du fait que la nature se venge lorsque la voix de la science est négligée.

    Aujourd’hui, alors que l’histoire de l’Irak se réécrit en lettres de sang et d’espoir, l’expérience du Conseil de reconstruction demeure un miroir qui démontre que la renaissance ne se construit pas seulement par l’argent, mais par la sagesse qui transforme l’urbanisme en art et la ville en un lieu de souvenirs précieux. L’opportunité de cet âge d’or a été perdue, mais son Les leçons restent à retenir : les patries se construisent lorsque l’ingénieur tient la main qui tient le stylo, et non la main qui tient l’arme.

  • Fiers de parler la langue de la démocratie

    Fiers de parler la langue de la démocratie

    Le soir de l’annonce des résultats des récentes élections canadiennes, j’ai suivi la scène devant mon écran avec une attention soutenue. Les responsables ont annoncé les résultats définitifs avec rapidité et précision, confirmant que le Parti libéral avait remporté le plus grand nombre de sièges parlementaires, assurant ainsi le maintien des libéraux au pouvoir. Ce qui m’a captivé à ce moment-là, ce n’était pas seulement le résultat, mais la manière dont il a été accepté. J’ai vu les chefs des partis rivaux, qui venaient tout juste de participer à des débats houleux, sortir pour offrir leurs félicitations dans un langage poli, des discours calmes et responsables, exempts d’insultes et d’accusations de trahison, et remplis de promesses de continuer à travailler dans l’opposition au service des citoyens. En tant que Canadien, j’étais fier : tel est le vrai visage de la démocratie. Ce n’est pas seulement la victoire qui crée la grandeur, mais l’acceptation de la défaite avec dignité et la reconnaissance de la volonté du peuple sans remettre en question la légitimité de l’élection ni l’intégrité du système. J’ai ensuite pensé à comparer la situation aux États-Unis, dont la Constitution est le symbole de la démocratie depuis sa fondation en 1766. Malheureusement, nous observons aujourd’hui la dégradation du langage et les vagues de scepticisme entourant les résultats des élections entre les partis républicain et démocrate. L’image de la démocratie y a été ternie aux yeux du monde, et les campagnes électorales se sont transformées en batailles personnelles, empreintes d’accusations et d’hostilité, sapant la confiance des citoyens américains dans leurs institutions et véhiculant une image déformée de la démocratie américaine.

    Plus inquiétant encore, si l’on observe les pays en développement, la dégradation du langage politique n’est pas un phénomène passager, mais plutôt une culture bien ancrée. Là-bas, les politiciens trahissent leurs adversaires pour leurs divergences d’opinion, les accusant de trahison et transformant leur rivalité en opposition existentielle plutôt qu’en compétition légitime. Nombre de nos systèmes politiques manquent de maturité pour accepter la défaite, comme si perdre signifiait exclusion et non apprentissage.

    Mon message aujourd’hui, aux sociétés qui cherchent encore à construire de véritables démocraties, est le suivant : la démocratie ne se résume pas aux urnes ni aux chiffres annoncés sur les écrans. C’est une culture du respect. Respect des concurrents, respect des opinions des autres, respect de la volonté des électeurs et respect des institutions.

    Si nous aspirons à des démocraties solides, nous devons d’abord changer notre langage politique. Nos sociétés ne peuvent prospérer si les partis continuent de considérer leurs adversaires politiques comme des ennemis existentiels. Les citoyens ne respecteront pas non plus les résultats des élections si leurs dirigeants continuent de semer le doute avant chaque scrutin.

    Tirons les leçons de ces scènes

    et réfléchissons : comment pouvons-nous cultiver dans nos sociétés une culture de la reconnaissance de l’autre ? Comment pouvons-nous faire des élections une occasion de construire des ponts, et non de creuser des tranchées ?

  • Le Canada n’est pas à vendre… Carney et l’ingéniosité de la confrontation avec Trump

    Le Canada n’est pas à vendre… Carney et l’ingéniosité de la confrontation avec Trump

    Lors de la récente rencontre entre le président américain Donald Trump et le premier ministre canadien Mark Carney à la Maison-Blanche, Trump a réitéré sa proposition controversée concernant l’annexion du Canada aux États-Unis, la justifiant en affirmant qu’il considérait le Canada comme une occasion en or pour un promoteur immobilier. Comme à son habitude, Trump a formulé ses remarques sur un ton sarcastique, mêlant sérieux et humour, mais elles véhiculaient des messages incontournables, surtout lorsqu’elles émanaient du chef d’un pays de la taille des États-Unis. Ce qui était frappant dans cette scène, c’était non seulement le contenu de la proposition, mais aussi la manière dont Carney a choisi de réagir. Au lieu de réagir ou de l’interrompre, Carney a préféré écouter jusqu’au bout, conservant un langage corporel calme exprimant malaise et rejet, sans interrompre le discours de Trump ni manifester la moindre tension. Cette attitude à elle seule était un message, suggérant que le Canada n’est même pas prêt à discuter de propositions aussi absurdes. Puis, avec un bref sourire et un ton calme mais décisif, Carney a déclaré :

    « Le Canada n’est pas à vendre. Même dans le monde du développement immobilier, certaines choses ne sont pas à vendre… Prenons l’exemple de la Maison-Blanche.»

    Grâce à ce double sens, Carney a pu remettre les pendules à l’heure, utilisant le même langage que Trump – celui du marché et de l’immobilier – pour lui renvoyer la balle et lui donner une leçon de souveraineté et de dignité nationale. Sa réponse était non seulement intelligente dans son contenu, mais aussi parfaitement opportune, prenant Trump de court, qui a simplement baissé la tête et souri, reconnaissant implicitement sa défaite verbale face à cette réponse concise et éloquente.

    Cet incident résume avec éloquence comment la diplomatie sereine et l’art d’être un homme d’État peuvent triompher des démonstrations de force. Alors que Trump cherchait à imposer un ton dominant depuis sa position, Carney l’a confronté d’une manière qui a fait comprendre à tous que le Canada, malgré ses relations étroites avec son principal voisin, ne met pas sa souveraineté sur la table des négociations.

  • Le Golfe ne fait qu’un, mais chaque rive a sa propre histoire.

    Le Golfe ne fait qu’un, mais chaque rive a sa propre histoire.

    Au milieu des méandres de l’histoire et des conflits du présent, le Golfe est disputé sur les noms, tout comme les nations le sont sur lui. Pour les Arabes, c’est le « Golfe Arabique », et pour les Iraniens, c’est le « Golfe Persique », mais au fond, il reste le témoin des changements du temps et des luttes de pouvoir.

    D’une superficie de 251 000 km² et d’une profondeur moyenne de 50 mètres, ce bras marin s’étend du Chatt al-Arab au nord jusqu’à la mer d’Arabie au sud, portant en lui des richesses qui en ont fait le « cœur énergétique mondial ». Il est entouré par l’Iran et sept pays arabes, chacun avec sa propre histoire, ses propres droits et ses propres intérêts.

    Les Sumériens l’appelaient la « Mer de la Terre de Dieu », puis la « Grande Mer du Lever du Soleil », avant qu’Alexandre le Grand ne la nomme « Mer Persique » au IVe siècle avant J.-C. Les Arabes l’appelaient le « Golfe de Bassorah » et le « Golfe d’Oman ». Les géographes musulmans tels qu’al-Hamawi et al-Dhahabi ont même utilisé les deux noms dans leurs écrits. En Occident, les cartes européennes adoptèrent le nom persan, tandis que les anciens Romains l’appelaient le « golfe Arabique ».

    Le récit iranien considère le « Golfe Persique » comme le seul nom reconnu internationalement et s’y réfère comme une identité nationale. Ils célèbrent même chaque année la « Journée nationale du Golfe Persique ».

    Le récit arabe confirme que le nom arabe est ancien et reflète une réalité démographique et géographique, où les tribus arabes s’étendent des deux côtés jusqu’à la côte iranienne.

    Au milieu de cette tension, le président américain Donald Trump a officiellement introduit le terme « Golfe Arabique », une démarche non dénuée de connotations politiques et source de nouvelles discordes entre les pays de la région et l’Iran. Dans un monde où la géopolitique est en conflit, les étiquettes restent un outil d’hégémonie. Mais l’histoire nous rappelle que les mers ne sont pas possédées, elles sont partagées. La mer que les Perses appelaient « Perse » et que les Arabes appelaient « Arabique » est la même mer qui a été témoin d’une coexistence commerciale et culturelle pendant des milliers d’années.

    En effet, la multiplicité des noms pour les mêmes cours d’eau n’est pas un phénomène exceptionnel ; La Manche, qui sépare la France et la Grande-Bretagne, est connue en Grande-Bretagne sous le nom de Manche. Il en va de même pour la mer du Japon, que la Russie appelle la mer de l’Est, et que la Corée appelle la mer de l’Est de Corée. Ces exemples nous rappellent qu’un nom reflète parfois une perspective, et non une vérité absolue, et que la reconnaissance mutuelle ne se construit pas sur des mots mais sur des compréhensions.

    Tout comme les différentes mers ont eu de nombreux noms à travers les âges – de la mer de Qulzum à la mer Rouge, de la mer Caspienne à la mer Caspienne – le Golfe, aux yeux des sages, restera un symbole de connexion, et non de division. Au lieu de transformer le Golfe en une arène de conflit, les pays riverains devraient s’inspirer de son histoire commune comme voie de coopération, car la richesse n’est pas protégée par la rhétorique, mais par la sagesse.

  • L’âme nue devant la vie

    L’âme nue devant la vie

    Dr. Alaa Al-Tamimi

    Les murs des hôpitaux ont entendu une prière plus sincère que toutes les prières des mosquées et les hymnes des temples…

    Et ils ont vu des larmes couler de leurs mains, plus profondes que tous les adieux des voyageurs.

    Ici… les riches s’agenouillent aux côtés des pauvres, et le policier respire le même air que le prisonnier.

    Ici… les riches attendent un foie qui pourrait les sauver, sans se demander si le donneur a assez à manger.

    Dans ces chambres blanches, où la mort effleure l’espoir,

    toutes les différences s’effondrent, et nos âmes se retrouvent exposées à la vérité :

    « Nous ne sommes que des passants, partageant la même fragilité et la même faiblesse.»

    L’instant de douleur et de souffrance est le seul miroir qui brise nos masques…

    En lui, nous nous voyons : craintifs, honnêtes, implorants, embrassant la vie de toutes les forces qui nous restent.

    Pourquoi attendons-nous des choses qui n’arriveront peut-être jamais ?

    La vie passe comme l’éclair…

    Ne la gâchez pas en :

    – Des disputes futiles,

    – Des reproches sans fin,

    – Des plaintes qui rongent votre joie,

    – Des soucis de dépenses dont vous ne vous souviendrez plus en partant.

    Serrez ceux que vous aimez… fort, comme si demain était incertain.

    Portez vos vêtements préférés aujourd’hui… Ne les gardez pas pour une « occasion spéciale » qui pourrait ne jamais arriver.

    Boire de l’eau dans votre verre en cristal… même si vous êtes seul.

    Appliquez votre parfum le plus cher sur votre peau… Vous le méritez plus que l’air.

    Nous reportons le bonheur à plus tard comme si nous avions une autre vie.

    « Je pardonnerai quand je serai plus calme… Je voyagerai quand je serai riche… Je vivrai quand tout sera parfait ! »

    Mais l’amère vérité est que la perfection est une illusion… et que le présent est tout ce que vous avez.

    Cette vie n’est pas une destination… mais un court apprentissage.

    Avec l’humilité d’un réalisateur, vivez comme si vous étiez un invité de passage. Aimez inconditionnellement… et pardonnez comme vous voudriez que les autres vous pardonnent.

    Suivez le chemin de votre cœur… et laissez les autres suivre le leur.

    Terminez votre journée avec cette sagesse :

    Ce que vous plantez de bon aujourd’hui… est l’arbre sous lequel vous trouverez de l’ombre demain.

  • Adieu à Sa Sainteté le Pape François Ier… Pape des Pauvres et Voix du Dialogue

    Adieu à Sa Sainteté le Pape François Ier… Pape des Pauvres et Voix du Dialogue

    Dr Alaa Mahmoud Al-Tamimi – 21 avril 2025

    C’est avec une profonde tristesse que le monde a été bouleversé ce matin par le décès du Pape des Pauvres, Sa Sainteté le Pape François Ier. Il n’était pas seulement une figure religieuse, mais une conscience vivante dans un monde épuisé par les guerres, où le silence a étouffé la voix de la souffrance.

    En tant qu’Arabe musulman, j’appartiens à un héritage qui appelle à la compréhension, non à la discorde, au dialogue, non à l’éloignement. J’ai trouvé le Souverain Pontife un homme digne de respect et d’estime. Il a brisé les barrières et construit des ponts entre les religions, non pas avec des slogans, mais par des actions courageuses et des positions humaines.

    Le Pape François Ier a engagé le dialogue avec d’influents chefs religieux musulmans. Sa visite historique à Al-Azhar Al-Sharif, au Caire, en 2017, reste gravée dans les mémoires. Aux côtés du Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb, lors de la Conférence mondiale pour la paix, il a prononcé des paroles pleines de sagesse : « Les religions sont appelées à construire la paix, et non à justifier la violence.» Il portait en lui, comme en toute occasion, la lumière du dialogue et l’esprit de réconciliation.

    Je n’oublierai jamais sa visite historique en Irak en 2021, lorsqu’il est venu à Ur, berceau d’Abraham, pour délivrer le message commun du monothéisme depuis une terre qui fut la première à le prêcher. Je n’oublierai pas non plus sa rencontre avec Sayyid Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite de Najaf, une image qui a gravé dans nos consciences le sens de l’humilité et, surtout, la recherche d’une humanité commune.

    Même dans ses derniers jours, il n’a pas cessé son message. Son discours d’hier, à Pâques, était le cri du cœur d’un vieil homme qui portait encore les préoccupations du monde : « Cessez-le-feu à Gaza ! » Ce n’était pas un compliment diplomatique, mais un appel sincère de la part d’un homme qui savait que le sang innocent n’a pas de religion et que les enfants ne comprennent pas pourquoi les bombes tombent.

    Adieu, Pape, être humain. Vous vivrez dans le cœur des pauvres que vous avez aimé et dans la mémoire de tous ceux qui ont cru que le dialogue était possible et que la rencontre interreligieuse n’était pas un fantasme, mais un noble choix humain.

    Que Dieu ait pitié de vous pour ce que vous avez donné… et que la paix soit sur votre âme.

  • Incendie de l’église Notre-Dame

    Incendie de l’église Notre-Dame

    Il y a six ans jour pour jour, le 16 avril 2019, la France et le monde étaient bouleversés par la nouvelle de l’incendie de la cathédrale historique Notre-Dame. Selon le journal britannique Daily Mail, le feu aurait pris naissance dans la charpente en bois entourant l’intérieur de l’église, qui a soudainement pris feu, engloutissant la cathédrale.

    Les deux tours imposantes et la flèche pointue de la cathédrale Notre-Dame ont orné le paysage parisien pendant des siècles, jusqu’à ce que les flammes en consument la plupart.

    La cathédrale de l’archidiocèse de Paris, ou cathédrale Notre-Dame de Paris, attire plus de 12 millions de touristes chaque année, ce qui en fait le monument le plus célèbre de la capitale française.

    L’église, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, abrite des centaines de peintures et d’objets.

    La cathédrale Notre-Dame est située sur l’île de la Cité, sur la Seine, à Paris. Elle est mentionnée dans le roman de Victor Hugo « Notre-Dame de Paris ». Sa construction remonte à 1163 et fut en grande partie achevée en 1260, puis en 1345. Il convient de noter que le site de construction de la cathédrale fut celui de la première église chrétienne de Paris. Son architecture ancienne constitue son trait distinctif principal, car elle représente un chef-d’œuvre artistique et architectural dans le style architectural dominant à cette époque. C’est un chef-d’œuvre de l’architecture gothique (une période de l’architecture européenne) qui s’est imposée du XIIe siècle au début du XVIe siècle.